The Wind Cries Satie

 

Quand j´ai réalisé que mon projet précédent capotait, j´ai décidé de reprendre tout à zéro.

Je me retrouvais seul avec mes talents, deux violes de gambe, acoustique (modèle Michel Collichon 1640) et électrique (Ruby Gamba), un programme (Live Ableton) avec des effets et la possibilité de faire autant de « loops » (boucles d´enregistrement que l´on peut faire répéter pour s´accompagner) que je voulais.

L´idée était de réaliser un nouveau répertoire pour un ensemble de violes de gambe complété d´autres types d´instruments, ce qui s´appelait au temps du baroque un « consort mêlé ».

Par souci pédagogique, au lieu de présenter mes compositions qui m´encombrent les étagères, je me suis dit qu´il valait mieux préparer mon public, en lui proposant ce qu´il connaît déjà, mais y ajoutant mon grain de sel. Pour moi en effet, jouer la musique de quelqu´un telle quelle, et comme tout le monde, n´a aucun intérêt – une conception empruntée au jazz et à la musique improvisée -, d´autres le font bien mieux que moi.

Je jouais déjà en concert la première Gnossienne, base simple pour l´improvisation. Un jour, je suis tombé sur un site de midi files (le midi est un code numérique qui permet de faire jouer des notes par un ordinateur, et des milliers de gens publient leurs arrangements sur ce genre de site, qui sont parfois très utiles pour trouver une partition autrement introuvable), bref, je tombe sur la 2ème Gnossienne soi-disant arrangée par Frank Zappa, évidemment je télécharge pour écouter : sans surprise, ce n´est bien sûr pas de Zappa, mais le tempo est assez rapide… je mets dans un coin de mémoire pour plus tard...

Revenons à nos tritons. Après avoir passé quelques 10 ans avec J.S. Bach, il était assez naturel de passer à quelque chose de plus récent, les univers d´Erik Satie. Pour chaque pièce, j´ai d´abord improvisé autour de la partition, avec une étude/expérience harmonique des modes utilisés par Satie.

Les arrangements sont donc prévus pour être joués avec d´autres musiciens, malheureusement cela impliquerait des moyens financiers que je n´ai pas, et surtout de trouver suffisamment de musiciens qui puissent les jouer, ce qui n´est pas du tout évident, car même si aujourd´hui il y a relativement beaucoup de violistes, la plupart sont incapables d´improviser, non seulement en solo, mais aussi, et surtout - comme dans le jazz - en collectif.

Les trouverais-je qu´il resterait à créer un répertoire… le manque de personnel ne saurait donc constituer une raison suffisante pour ne pas réaliser ma vision.

Je vois des gambistes la nuit, eh oui…

Le travail sur l´improvisation est la base même de la musique. Un musicien doit utiliser les règles d´un mode pour faire ressortir les effets associés. La fixation d´événements musicaux sur papier (ou par enregistrement) nuit sensiblement à ces effets.

La mauvaise habitude moderne de tout faire « finir par des chansons » entraîne une médiocrisation de la musique, une constipation du musicologue étatique ainsi qu´une crispation des rôles de chaque instrument/personnalité.

L´auditeur est captivé par le chanteur ou la chanteuse, jusqu´à l´hypnose, et subit l´hyper sexualisation des artistes (Rachmaninov joué avec des talons aiguilles, c´est sympa, mais ça distrait énormément des magnifiques univers de la musique de Rachmaninov).

La musique et ses genres imposés, déversée partout aujourd´hui, me semble faite pour garder les gens dans l´état hypnotique imposé depuis leur enfance (école, milieu social…) et les conserver dans les compartiments de l´apathie ambiante.

On comprendra peut-être ainsi mieux pourquoi, dans toutes mes musiques et arrangements, je remets toujours en question les rôles des divers éléments : une basse peut tout à fait venir s´intégrer un moment au thème, comme un soliste peut passer par un moment d´accompagnement, tout est permis, seules conditions : respecter l´atmosphère du lieu, tout en laissant la possibilité aux enfants de s´amuser, et VIVRE !

Car chaque pièce crée un univers, un « lieu » nouveau (la signification des termes orientaux maqam ou raga pour designer les modes) dans lequel le musicien va se promener et éclairer ou laisser dans l´ombre certains aspects.

Je vous souhaite donc de belles promenades, chers auditeurs !

Arrangements, toutes les violes et autres instruments, production et mixage : Gilles Zimmermann.

Je remercie Rüdiger Maul pour ses parties de Frame Drum, ainsi qu´Eddie Burns pour son intervention au Bodhrán dans la 2ème Gnossienne.

Hartmut Welz pour le mastering, nouvelle musique = remise en cause des habitudes, même pour le maître de l´équalisation.

Amis créateurs d´images, Gerhard Ehrmann et Manouchehr Abrontan.

Ami Xavier Mignon, poète photographe métaphysicien.

Ce CD est évidemment dédié à ma fille Aurélie.

GZ.

 

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The Wind Cries Satie CD Liner Notes - FR

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